Paroles d'experts

Relevons le défi des savoir-faire français avec le label EPV !

Quels sont les avantages du label Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV) pour les entreprises ? A quel type d’enjeux (export, formation, apprentissage, transmission des savoir-faire) ces entreprises sont-elles confrontées ?

Le label d’Etat EPV (Entreprise du Patrimoine Vivant) est une marque de reconnaissance et de valorisation des entreprises françaises aux savoir-faire d’excellence. Soutien au développement économique dans les territoires [ voir sur ce sujet le lien vers la « parole d’expert » de K. de Meulder à la rubrique « Aller plus loin » en fin d’article ], le label EPV constitue également un véritable sésame pour l’export.
Chargé de gérer le label EPV au nom de l’Etat, l’Institut Supérieur des Métiers (ISM) contribue à l’instruction des dossiers de candidatures au label et à la promotion du dispositif et des entreprises labellisées.
Tour d’horizon des atouts du label et des axes de développement des entreprises EPV avec le Directeur de l’ISM, Alexis Govciyan*.

«Depuis la création du label EPV en 2005, un peu plus de 1 400 entreprises ont été labellisées sur plus de 4 400 dossiers de candidatures, soit à peine un tiers. Quels sont les principaux critères d’attribution du label et pour quelle raison être aussi sélectif ? Toutes les entreprises artisanales ou industrielles peuvent-elles être candidates à la labellisation, quelle que soit leur taille et leur secteur d’activité ?

Effectivement, pour repérer les talents et préserver le niveau d’excellence des entreprises labellisées, la procédure de sélection est minutieuse et exigeante. Une des missions de l’Institut Supérieur des Métiers (ISM) est la gestion de l’instruction des dossiers de candidatures au label ainsi que le fonctionnement de la Commission nationale de labellisation. Ainsi, chaque dossier de candidature instruit par l’ISM s’appuie également sur les avis des services de l’État en région (DIRECCTE), des établissements consulaires compétents (chambres des métiers et d’artisanat, chambres de commerce et d’industrie) et de l’Institut National des Métiers d’Art (INMA) pour les entreprises de métiers d’art. L’ISM rédige ensuite un rapport prenant également en compte les analyses réalisées par les différents experts du métier au cours d’une visite d’entreprise. Ce rapport d’instruction est examiné par la Commission nationale de labellisation composée d’experts indépendants dont l’avis sert d’appui à la décision ministérielle finale.

Pour être éligible, l’entreprise candidate au label EPV doit être inscrite au répertoire des métiers et/ ou au registre du commerce et des sociétés, et ce, quelle que soit sa taille et son secteur d’activité (à condition qu’il concerne une activité de production, de transformation, de réparation ou de restauration).

Pour bénéficier du label, les entreprises doivent répondre à au moins un critère dans chacune des trois catégories suivantes :

  • Détenir un patrimoine économique spécifique, qui peut être constitué d’équipements ou de documentations techniques rares ;
  • Détenir un savoir-faire rare notoire et indiscutable, exclusif ou partagé avec un nombre très limité d’entreprises, reposant sur la maîtrise de techniques traditionnelles ou de haute technicité ;
  • Être renommées pour la dimension culturelle de leurs prestations ou de leur localisation. Leur notoriété peut provenir également de leur contribution à l’évolution technologique de leur activité et au maintien du métier en France.

Quels sont les principaux avantages apportés aux entreprises par le label ?

Outre la reconnaissance de leur savoir-faire à l’échelle nationale et internationale, l’Etat accorde aux EPV de multiples avantages qui portent sur trois éléments principaux : la fiscalité, la communication et le développement commercial.

Concernant les incitations fiscales, deux crédits d’impôts peuvent être sollicités afin de favoriser la transmission des savoir-faire (majoration du crédit d’impôt apprentissage porté à 2 200 euros par apprenti) ainsi que la création et l’innovation (crédit d’impôt égal à 15 % de la somme des salaires et charges sociales afférents aux salariés directement affectés à la création d’ouvrages réalisés en un seul exemplaire ou en petite série).

De nombreuses actions sont également mises en place pour soutenir les entreprises dans leur développement : présence collective sur des salons emblématiques, soutien et accompagnement spécifiques à l’exportation en liaison avec Business France et CCI France International, appuis individualisés et collectifs en lien avec des organismes consulaires et professionnels, aide au financement notamment avec la SIAGI (société de caution mutuelle pour les petites entreprises) et Bpifrance (Fonds des Savoir-Faire d’Excellence).

L’ISM accorde une attention toute particulière à la promotion et à la valorisation du label et de ses entreprises, en organisant des événements (Rencontres Parlementaires et nationales, Journées des savoir-faire d’excellence, Speed Meetings, etc.), renforçant la présence du label sur les réseaux sociaux ou encore optimisant le site Internet du label.

Près de 75% des entreprises EPV sont présentes à l’export. Le développement à l’international est-il devenu un passage obligé pour permettre à ces entreprises d’asseoir davantage leur ancrage territorial et de promouvoir leur attractivité ?

Comme vous l’avez dit, 75 % des EPV réalisent une partie de leur chiffre d’affaires à l’international et ce chiffre ne cesse d’augmenter. Et certaines y trouvent même l’essentiel de leurs débouchés, rencontrant des relais de croissance leur permettant de se développer.

C’est pourquoi une convention de partenariat lie la Direction générale des entreprises (DGE) et Business France pour aider le développement des EPV à l’export, avec trois objectifs principaux :

  • proposer un service « plus » en termes d’accompagnement collectif ou individuel pour les primo-exportateurs comme pour les exportateurs confirmés ;
  • offrir un programme d’actions pour les grands secteurs couverts par les EPV en France et à l’étranger ;
  • et les accompagner dans toutes les étapes de leur démarche export (avec notamment des journées de formation).

Des actions de grande envergure ont déjà été menées, comme une exposition EPV dans le grand magasin londonien Harrods, ou encore à l’Exposition Universelle de Milan. Bien d’autres sont encore en programmation.

L’ISM a également signé, fin 2017, un nouveau partenariat avec CCI France International et CCI International visant à renforcer l’accompagnement des EPV et comprenant l’organisation d’un événement annuel (speed meeting) à Paris entre les entreprises labellisées EPV et des experts pays CCI FI**.

Un certain nombre de participants au café économique ont soulevé la question du recrutement, de la formation, de l’apprentissage et de la transmission des savoir-faire pour les entreprises EPV. Comment appréhendez-vous ces enjeux ? Sont-ils des axes prioritaires pour la pérennisation et la poursuite de la croissance de ces entreprises et, si oui, quelles sont les actions mises en place ?

Ces questions sont au cœur des enjeux pour les entreprises labellisées, et de nos priorités. En effet, le label d’État EPV valorise les entités artisanales et industrielles françaises aux savoir-faire d’excellence. Une des clés de l’excellence valorisée par les EPV réside dans la détention d’un capital humain, porteur des valeurs de l’entreprise, garant de sa performance et de sa pérennité. Or, ce capital est aujourd’hui fragilisé, en raison d’une offre de formation sur les territoires parfois insuffisante, ou à cause du déficit d’attractivité des emplois, ou bien encore parce que les modes d’apprentissage des métiers se perdent par manque de ressources internes.

Compte tenu des enjeux majeurs de la professionnalisation des jeunes et de leur contribution à la performance économique et sociale des territoires, les EPV, laboratoires de l’excellence, ont un rôle important à jouer dans la préservation et la valorisation des savoir-faire de l’économie française.

Dans le cadre des actions menées pour soutenir ces entreprises, la Direction générale des entreprises (DGE) a lancé en 2017 un groupe de travail animé par Anne de Blignières-Legeraud, présidente de l’ISM, destiné à réfléchir aux solutions possibles. Pour enrichir ces travaux, une expérimentation a été menée en Normandie avec le soutien de la DIRECCTE et de la Région. Le groupe de travail a permis d’identifier plusieurs axes susceptibles d’aider les entreprises à résoudre les difficultés qu’elles rencontrent en matière de recrutement, de gestion des compétences et de formation, notamment :

  • aider l’entreprise dans sa fonction apprenante ;
  • concevoir des parcours de formation plus ouverts, adaptés aux besoins des entreprises ;
  • mettre en oeuvre une politique de conservation des savoir-faire d’excellence ;
  • et mettre en place des dispositifs d’accompagnement des EPV, à l’échelon régional et inter-régional.

Les conclusions de ce groupe de travail ont permis d’alimenter les réflexions menées dans le cadre de la réforme en cours de la formation professionnelle et de l’apprentissage. En effet, les difficultés auxquelles sont confrontées les EPV en termes de recrutement et de formation sont représentatives de celles rencontrées par l’ensemble des entreprises.

L’ISM participe également au projet « Sauvegarde et transmission des savoir-faire à l’aide du numérique », mis en place sous l’angle de l’accompagnement des mutations économiques de la filière Textiles-Mode-Cuirs (EDEC TMC – contexte de maintien de savoir-faire et d’emplois sur le sol français) et de la sécurisation des parcours des salariés avec le Ministère du travail. Ainsi, début 2018, une enquête a été envoyée aux EPV visant à évaluer et identifier les meilleures solutions (notamment numériques) pour la sauvegarde et la transmission des savoir-faire.

Le défi des savoir-faire français peut-il également être symbolisé par le mot « empreintes », comme un ensemble de traces, parfois ancestrales, que chacune des entreprises labellisées transmet de génération en génération ? Est-ce là la raison pour laquelle le label EPV a décidé de soutenir « L’empreinte », le bateau du skipper Edouard Golbery ?

Tout à fait ! Fondées sur une expérience parfois séculaire, les entreprises labellisées sont résolument tournées vers l’avenir. EPV est à la fois une marque de tradition et de modernité caractérisant une entreprise dont l’activité se mêle souvent étroitement avec l’histoire d’un métier ou d’un territoire. L’application à perpétuer ou réintroduire des techniques garantissant le plus haut niveau de qualité témoigne de leur attachement à la tradition et aux règles de l’art. Les EPV font également vivre et évoluer leur métier. Créatives, elles inventent et innovent à la fois dans leurs procédés de production et dans leurs produits, afin de répondre aux besoins et aux nouvelles exigences des consommateurs, clients et prescripteurs.

Cette empreinte entre mémoire et avenir, cette transmission des savoir-faire est aussi au cœur de l’ADN du projet du skipper Edouard Golbery, qui se lance dans une aventure extraordinaire aux côtés des EPV avec un bateau nommé « L’Empreinte, le défi des savoir-faire français » et qui va naviguer aux couleurs des EPV. Son équipe prépare notamment les trois courses au large les plus médiatisées : La Route du Rhum en 2018, la Transat Jacques Vabre en 2019 et le Vendée Globe en 2020. Il s’agit d’une véritable aventure humaine qu’il fallait soutenir et nous n’avons recueilli que des avis positifs dans ce sens.

 Enfin, en quoi des opérations comme le café économique de Bercy ou le hackathon que l’ISM organise avec la Chaire « Management des savoir-faire d’exception » de l’ESSEC peuvent-elles contribuer à développer le dialogue entre les acteurs de l’écosystème EPV (services de l’Etat, chambres consulaires, entreprises, structures d’accompagnement et de financement, monde académique) et sensibiliser le grand public pour faire savoir plus largement les savoir-faire des entreprises EPV ?

Etant désormais bien identifié au niveau des prescripteurs, nous nous attachons en effet actuellement à sensibiliser un plus large public au label EPV et à ses entreprises ambassadrices de nos savoir-faire d’excellence en France et à l’étranger. Le café économique de Bercy est une initiative formidable et nous avons eu énormément de retours extrêmement positifs de cette matinée.

L’échange avec les étudiants et la présentation du label dans les Grands Ecoles (Sciences Po, ESSEC, American Business School, etc.) est l’un des axes que nous avons choisi. Ainsi, nous avons noué un partenariat avec la Chaire « Management des savoir-faire d’exception » de l’ESSEC Business School depuis deux ans pour organiser en commun un « Hackathon / Journées des savoir-faire » avec des EPV mises en avant. Les étudiants ont ainsi travaillé, en avril dernier, sur des problématiques soumises par des entreprises labellisées. Nous nous sommes également rapprochés de l’Association des Juniors Entreprises de France.

Enfin, nous organisons, en lien avec Entreprise & Découverte, les journées nationales de l’ouverture au public des EPV, intitulées « Journées des savoir-faire d’excellence »***. Cet événement décliné dans toute la France, constitue l’opportunité pour le public de redécouvrir son territoire d’une manière originale et vivante : faire une pause chez nos artisans et industriels d’excellence et oser pousser la porte de leurs ateliers et usines. Les enjeux de ces journées sont multiples : l’emploi et la formation en faisant la promotion des secteurs et métiers d’avenir notamment auprès des publics jeunes ; le développement des entreprises et la valorisation de ces dernières auprès du grand public ; ainsi que la communication territoriale (valoriser l’identité des territoires à travers la découverte de la culture économique). Je vous donne rendez-vous en octobre prochain, nous vous attendons nombreux dans les ateliers EPV !

 

* Alexis Govciyan faisait partie des intervenants du café économique de Bercy organisé le 13 avril 2018 sur le thème « EPV : un label pour favoriser le rayonnement des territoires ? »

** Organisé le 3 juillet 2018 à Bercy sous l’égide de la Direction Générale des Entreprises (DGE), ce Speed Meeting des EPV à l’international permettra aux entreprises labellisées d’avoir des rendez-vous personnalisés avec des experts d’une trentaine de pays, qui les conseilleront sur leur projet de développement international, et d’assister à des ateliers pratiques avec Bpifrance Assurance Export, Business France ou encore les Douanes.

*** La seconde édition des « Journées des savoir-faire d’excellence » est prévue les 12 et 13 octobre 2018.


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