Paroles d'experts

Politiques de demain : de nouveaux référentiels ?

CollESSPeut-être nous avez-vous suivis mardi dernier sur Twitter… Bercy abritait, à l’initiative de Benoît Hamon, ministre chargé de l’économie sociale et solidaire (ESS) et de la consommation, le colloque « Penser et construire de nouveaux référentiels pour concevoir les politiques économiques de demain ». Cette journée de réflexion était animée par Philippe Frémeaux, éditorialiste chez Alternatives économiques. Se sont mobilisés pour l’occasion des économistes de divers horizons.

Penser l’économie autrement ?

Paul Jorion, professeur à l’Université libre de Bruxelles, a répondu par l’affirmative à cette question. Pour lui, il faut une alternative au capitalisme. Et cette alternative, c’est l’ESS, qui est « l’avenir de l’économie » :

Parce qu’elle répond à des besoins territoriaux, « l’ESS doit être un moyen de stimuler l’économie sédentaire », a expliqué Pierre-Noël Giraud, professeur à l’Ecole des Mines et à l’Université Paris-Dauphine.

Pour Philippe Askenazy, directeur de recherche au CNRS, CEPREMAP et École d’Économie de Paris, l’ESS a deux perspectives, qui remettent en cause les référentiels actuels :

  1. Se construire comme une alternative au capitalisme, qui génère des dégâts sociaux,
  2. Porter des valeurs (solidarité, non compétition, inégalité moindre…) qui posent de nouveaux principes de fonctionnement économique.

Florence Jany-Catrice, professeure à l’Université de Lille 1, a pointé du doigt la question des indicateurs actuels qui « ne tiennent pas en compte nos besoins fondamentaux » et sont pourtant « hégémoniques dans nos représentations ». Pour elle, il s’agit de construire de nouveaux repères, intégrant des considérations démocratiques.

De nouvelles valeurs

Paul Seabright, professeur à Toulouse School of Economics et l’Université de Toulouse, a souligné l’importance de la confiance au sein de notre système de valeurs économique : « nous avons besoin de confiance dans nos interactions avec nos concitoyens ». Jean-Louis Laville, professeur au Conservatoire National des Arts et Métiers, a quant à lui rappelé les propos du sociologue Marcel Mauss : « il faut que le lien précède le bien ». Ainsi, « l’économie réelle n’est pas seulement une économie de marché ».

« La richesse est dans et par les relations humaines avec l’autre », a affirmé Riccardo Petrella, professeur à l’Institut européen de recherche sur la politique de l’eau. La solidarité est pour lui un socle fondamental dans nos sociétés.

Venue d’Outre-Atlantique, Rosabeth Moss Kanter, professeure à Harvard, a fait part de son regard sur l’entrepreneuriat social, qu’elle juge porteur d’innovation. D’après elle, c’est une forme d’entrepreneuriat en croissance, qui va de paire « avec les valeurs de la nouvelle génération » (partage, collaboratif…).

« Changer de paradigme »

Pour Gaël Giraud, chargé de recherche au CNRS, « il faut changer de paradigme et entamer la transition énergétique ». Très présente dans le domaine de la performance énergétique et de l’éco-mobilité, l’ESS a un rôle à jouer. Ruth Muñoz, chercheure à l’Universidad Nacional de General Sarmiento (Argentine), a montré à travers l’exemple de l’Amérique latine, que l’ESS pouvait être vecteur de changements profonds et générateur de nouvelles politiques publiques.

En conclusion de cette journée, Benoît Hamon a insisté sur le fait qu’il fallait « déconstruire le catéchisme économique », c’est-à-dire « vaincre les dogmes » qui ont contribué à la crise de l’économie mondiale. Rappelant la résilience à la crise des entreprises de l’ESS, il a souligné l’importance de définir une stratégie de développement pour l’ESS. Une stratégie qu’il souhaite porter au travers de la politique publique qu’il dessine actuellement.

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Envie de prolonger les deux vidéos ? Retrouvez sur le blog de Paul Jorion et sur le site de Ricardo Petrella leurs analyses et travaux.

 

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3 Commentaires

  • Bonjour
    ces deux courtes vidéos ont-elles des sœurs un peu plus longues ? En d’autres termes les interventions de ce colloque sont-elles consultables et sous quelle forme ?

  • Je trouve rassurant que ce genre de réunion soit organisée ainsi que d’écouter (ou lire) les avis et perspectives de professeurs, politiques et spécialistes. Les Français ont besoin de réponses et en attendent face à une situation donc ils ne voient pas la fin. Des propos réalistes et résolument portés vers l’avant comme ceux que l’on peut lire ici suscitent l’espoir d’un avenir meilleur.