Paroles d'experts

Mobilité du futur : quelle place pour l’intelligence artificielle ?

Intervenant au café économique du 20/06/2019, intitulé « Intelligence artificielle en France: quelle création de valeur ? Quels nouveaux usages? », Nicolas Dattez présente les enjeux et potentialités de l’intelligence artificielle (IA) dans le secteur des transports et de la mobilité.

Interview de Nicolas Dattez, Directeur Général Adjoint de Mov’eo, pôle de compétitivité dédié à la mobilité du futur.

Intervenant au café économique du 20/06/2019, intitulé « Intelligence artificielle en France: quelle création de valeur ? Quels nouveaux usages? », Nicolas Dattez présente les enjeux et potentialités de l’intelligence artificielle (IA) dans le secteur des transports et de la mobilité.

« Quelles sont les missions de Mov’eo en tant que pôle de compétitivité dédié à la mobilité du futur ?

Le Pôle Mov’eo anime l’innovation de la filière Automobile et Mobilité. Il favorise l’émergence et le financement de projets de Recherche et Développement et stimule le business collaboratif entre ses membres, contribuant ainsi au développement des entreprises.

Les grandes tendances de l’innovation dans la mobilité sont les sujets mobilité intelligente (véhicules autonomes et communicants, sécurité des usagers de la route, smart city, nouveaux moyens et services de mobilité…), mobilité à faible empreinte environnementale (véhicules électriques, réduction des émissions, nouveaux matériaux, nouvelles architectures…) sans oublier les sujets relatifs à l’industrie du futur.

En quoi l’IA peut-elle avoir un impact dans la mobilité en général ?

La première idée qui vient à l’esprit lorsqu’on associe Mobilité et Intelligence Artificielle est le véhicule autonome. Il est certain que l’IA a un rôle très important à jouer pour que le véhicule autonome soit capable de percevoir son environnement et prendre les décisions appropriées afin d’assurer un transport efficace et sûr.

Mais au-delà de la conduite, l’IA a et aura beaucoup d’autres impacts sur la mobilité : sur les services embarqués dans les transports (entertainment, accès sécurisé à ses données personnelles dans un véhicule partagé…), sur les systèmes de MAAS – Mobility As A Service (permettant des déplacements intermodaux simples), sur la sécurité (par exemple le système TOUCANGO de prévention de l’endormissement au volant basé sur l’analyse vidéo du visage du conducteur), sur la Smart City (IOT et infrastructures routières connectées qui permettront de fluidifier le traffic), sur la simulation pour réduire les temps de développement des systèmes, sur les métiers spécifiques à la mobilité qui sont susceptibles d’exploiter des données clients (par exemple du scoring conducteur pour adapter sa prime d’assurance), et bien d’autres…

À quoi faut-il s’attendre, dans les prochaines années, en termes de développement du véhicule autonome ?

Il faut tout d’abord souligner que le terme véhicule autonome regroupe une famille de véhicules dont les capacités d’autonomie sont variables.

On classe ces véhicules selon 5 niveaux d’autonomie offrant des possibilités de délégation de conduite croissantes : par exemple, un véhicule de niveau 1 permet à son conducteur de déléguer au véhicule soit le contrôle longitudinal (vitesse et distance avec les véhicules qui précèdent), soit le contrôle latéral (suivi des lignes blanches), ceci tout en gardant les mains sur le volant et les yeux sur la route. Le plus haut niveau d’autonomie (niveau 5) sera atteint lorsqu’il n’y aura plus besoin de conducteur quel que soit le trajet et les conditions, tout en garantissant un niveau de sécurité acceptable.

Si la mise au point du véhicule de niveau 5 prendra encore de (très ?) longues années, les constructeurs et équipementiers travaillent actuellement sur des systèmes de niveaux 3 où le conducteur pourra, dans certaines conditions (sur autoroute par exemple), déléguer la conduite à son véhicule et ce, sans avoir à surveiller constamment la route. Il devra tout de même rester disponible à tout moment pour reprendre la main en cas de nécessité.

Quel est le rôle du secteur public (Etat, collectivités, établissements publics) dans la chaîne de développement des innovations de rupture, telles que l’IA ?

L’IA est un bon exemple de la nécessité, pour l’Etat, de soutenir fortement l’innovation de rupture dans certains domaines. Si l’IA n’est pas une science nouvelle, les récents progrès en termes de puissance de calcul, de capacité de stockage de données et de moyens de transmission ont levé des verrous technologiques, ce qui a lancé une course internationale à la maitrise des technologies de l’IA.

Les États sont actuellement au début d’une guerre de l’innovation en IA qui aboutira à des pays « meneurs », dont les sociétés maitrisent les technologies d’IA ainsi que les bases de données (carburant de l’IA), et des pays « suiveurs » qui appliqueront les technologies des meneurs sans possibilité de remonter la pente.

L’État français doit donc faire en sorte de soutenir les sociétés travaillant sur ces technologies en leur offrant un écosystème d’innovation favorable. Cela passe par la promotion du travail collectif, par une attitude offensive concernant la règlementation (permettre l’exploitation des données dans un cadre éthique et ne pas mettre le principe de précaution au-dessus de tout), offrir aux « talents » des conditions de travail aussi attractives en France qu’elles le sont dans d’autres pays afin de limiter la fuite des cerveaux et d’empêcher le rachat d’entreprises nationales à haut potentiel par des entités étrangères.
Enfin et surtout, il est nécessaire de combattre les réticences aux changements afin de ne pas laisser passer notre chance. Ceci en expliquant que si l’IA va inévitablement transformer la société et les métiers (notamment avec des automatisations de process), cela ne se fera pas forcément au détriment de l’humain.

Comment Mov’eo est-il impliqué (avec Systematic) dans la coordination des « Challenges IA » visant à proposer aux entreprises et aux structures publiques des défis en intelligence artificielle sur la thématique “transport & mobilité” ?

Les Pôles Mov’eo et Systematic, ont été sélectionnés par l’État pour être accompagnateurs des challenges IA sur la thématique Mobilité.
Dans le cadre de cet appel, les deux Pôles partenaires vont accompagner des sponsors, c’est-à-dire des entreprises ou des entités publiques disposant de jeux de données qu’ils souhaitent exploiter.

Pour chaque sponsor, un challenge sera organisé, c’est-à-dire qu’un appel sera lancé auprès des PME françaises expertes en IA afin de sélectionner celle qui pourra répondre aux besoins exprimés par le sponsor. La société sélectionnée recevra une aide financière de Bpifrance afin d’aboutir à des POC (proof of concept) et des solutions adaptées aux besoins des sponsors. Environ 10 challenges mobilité sont prévus sur les trois années à venir.

 

 


Aller plus loin :

Laissez un commentaire

Complétez ce petit calcul avant d'envoyer votre message : (obligatoire)