Paroles d'experts

L’internet des objets au cœur du véhicule connecté !

Le développement des objets connectés (IoT) concerne de plus en plus les entreprises industrielles, notamment l’industrie automobile. Avec des impacts sur l’évolution des usages, sur la mutation des modèles économiques des acteurs et la compétitivité de la filière, sur les adaptations des métiers et des compétences et sur la prise en compte des problématiques de sécurité (protection des données, cybersécurité).
Tour d’horizon des enjeux et perspectives du véhicule connecté et automatisé avec Tony Jaux, directeur du programme Véhicule Connecté à la
Plateforme de la Filière Automobile (PFA)*, membre de l’Alliance pour l’Industrie du Futur**.

 

«Quelles sont les principales missions de la Plateforme de la Filière Automobile (PFA) ?

La Plateforme automobile (PFA) rassemble la filière automobile en France. Elle est chargée d’assurer, au nom de l’ensemble des partenaires (constructeurs, équipementiers, sous-traitants et acteurs de la mobilité), des missions clés en matière d’innovation, de compétitivité, d’emploi et compétences, et de porter la voix de la filière.

Le 22 mai 2018, à Bercy, le président de la PFA a signé avec le ministre de l’Economie et des Finances, le ministre de la Transition écologique et solidaire et la ministre chargée des Transports,  le Contrat stratégique de la filière automobile, dont l’un des volets porte notamment sur le programme Véhicule connecté***.

La filière automobile doit faire face simultanément à un ensemble de ruptures (technologique, numérique, sociétale). De quelle façon le programme Véhicule Connecté de la PFA prend-il en compte ces bouleversements en matière de R&D et d’innovation pour la filière, en complémentarité des autres programmes pilotés par la PFA (sur le véhicule à faible empreinte environnementale et sur le véhicule autonome) ?

Le contrat stratégique de filière, c’est d’abord une vision partagée de l’avenir de l’automobile. La France a été une grande nation de l’automobile au 20ème siècle ; elle peut être l’un des leaders des mobilités du 21ème. Les bouleversements auxquels fait face le secteur sont autant d’opportunités à saisir. Il s’efforce de répondre à chacun des enjeux forts du secteur à travers une série d’engagements structurants pour la filière.

S’agissant du véhicule connecté et du véhicule autonome, il s’agit de s’investir fortement dans les travaux de standardisation et de normalisation pour peser dans les instances de normalisation européenne et internationale sur les différents sujets qui feront des technologies françaises un succès commercial à l’international.

Quelles actions la PFA conduit-elle sur le plan de l’accompagnement et du financement des PME et ETI françaises engagées dans le développement des véhicules connectés afin de les aider à préserver leur compétitivité, développer leur capacité d’innovation et de promouvoir le développement à l’export de la filière ?

La filière automobile, c’est plus de 4 000 entreprises sur l’ensemble du territoire. L’enjeu est de taille. La réponse qu’apporte le contrat de filière tout autant. A travers trois outils :

  • la création d’un « Accélérateur » Bpifrance automobile afin d’accompagner 150 à 180 PME à potentiel pour les aider à franchir la marche suivante (plus robustes sur leurs marchés, plus internationales) et à devenir des ETI  ;
  • nous nous engageons également avec Bpifrance et Business France à lancer un accélérateur « Scale-Up » au service des startups et  qui sera piloté par nos pôles de compétitivité ;
  • enfin, le Fonds Avenir Automobile est prolongé de 4 ans avec une capacité d’investissement de 135 M€ apportée conjointement par l’État et les deux constructeurs automobiles.

Quels sont les principaux enjeux  liés au développement des véhicules intelligents et connectés, que ce soit en matière de connectivité continue et de mobilité, de protection/ partage des données (avec notamment le Règlement Général pour la Protection des Données ou RGPD) ou de cybersécurité… ?

L’enjeu majeur lié au développement des véhicules intelligents et connectés est d’offrir au conducteur, aux passagers mais aussi à tout l’écosystème des OEM (Original Equipment Manufacturer, entreprises intermédiaires vendant les produits d’un fabricant à des clients finaux) et fournisseurs du secteur un grand nombre de services supplémentaires permettant d’améliorer la sécurité, d’offrir plus de divertissements et de connexion à internet, d’optimiser les temps de parcours (et donc réduire la pollution) parking inclus, d’améliorer la rentabilité des produits, d’optimiser la fiabilité et la diagnosticabilité des véhicules, etc….
Bien entendu, ces services doivent respecter le RGPD et offrir un niveau de protection maximum contre les tentatives d’intrusions malveillantes.

Vous avez souligné lors de votre intervention que « les données des véhicules connectés intéressent un écosystème important ». Quels sont les impacts économiques de l’IoT sur la chaîne de valeur automobile, entre les acteurs traditionnels de l’industrie automobile et du transport routier (constructeurs, équipementiers), et de nouveaux acteurs innovants (startups, acteurs du numérique, des télécoms et des médias) ?

La disponibilité de toutes ces données issues du véhicule ou de l’infrastructure dans lequel il évolue doit permettre aux constructeurs et aux équipementiers de mieux connaitre les conditions d’utilisation des véhicules et donc d’optimiser leur conception (amélioration de la qualité et réduction des coûts).
Les assureurs sont également très concernés car en connaissant mieux le rythme d’utilisation des véhicules, ils peuvent personnaliser les contrats et donc rendre disponible un véritable paiement à l’usage.
Les nouveaux acteurs issus du monde du numérique et de la distribution vont, par ailleurs, essayer d’augmenter le temps d’utilisation d’internet dans les voitures et donc améliorer le temps d’utilisation de leurs applications ou de leurs magasins en ligne, ou encore offrir de nouveaux services qui restent à définir.

Quels nouveaux business modèles ou nouveaux usages et marchés liés au développement des véhicules connectés sont-ils en train d’émerger dans les domaines de la vente et de l’après-vente, des services, de la mobilité,…?

Citons quelques exemples :

Pour la vente, on peut imaginer que l’acheteur potentiel disposera de son profil de conducteur et pourra l’utiliser (selon son souhait, RGPD oblige) pour prédéfinir le type de voiture qu’il voudra acheter… ce qui  permettra d’optimiser les configurations proposées par les constructeurs.

Pour l’après vente, le véhicule sera parfaitement télédiagnosticable, voire téléréparable en téléchargeant des mises à jour logicielles… ce qui signifie un gain appréciable de temps et d’argent pour toutes les parties concernées.

Pour la mobilité, on commence à voir émerger des offres multi solutions (plateformes) de transport mélangeant vélo, taxi, transports en commun, location (avec différentes formules court et long terme), partage, etc… permettant à l’utilisateur d’optimiser ses dépenses et le temps de parcours.

Comment se traduit l’émergence de l’IoT dans le secteur automobile en termes de besoins en compétences et en emplois (nouvelles compétences , nouveaux métiers , recrutements, recours à l’apprentissage,…) ?

Les technologies sous-jacentes à ces services vont tirer des besoins nombreux en ressources hautement qualifiées (big data, intelligence artificielle, cybersécurité, connectivité : radio, 5G, Car2X pour l’échange d’informations entre véhicules et entre les infrastructures routières et les véhicules, …) et générer jusqu’à plusieurs dizaines de milliers de recrutements chaque année dans tous les domaines concernés.

Six actions ont été retenues par la PFA pour anticiper les effets des mutations de la filière automobile sur l’évolution des profils de poste et les besoins en compétences-clés: actualiser les études prospectives sur l’impact des mutations de la filière sur l’emploi et les compétences, élaborer de nouveaux parcours de formation adaptés aux mutations industrielles, accompagner les évolutions des compétences pour les services, développer le recours à l’apprentissage et à l’alternance dans la filière, accompagner les entreprises et leurs salariés pour anticiper la transition, et renforcer l’attractivité des métiers de l’automobile.

On a tendance à dire que le véhicule de demain sera connecté et intelligent, mais aussi autonome et écologique. Comment, du point de vue des industriels, conjuguer ces trois impératifs d’innovation avec  une évolution plus générale vers l’« usine du futur » ? Et comment l’écosystème français des TPE/PME et ETI est-il structuré pour répondre à ces enjeux économiques et industriels face aux autres grands acteurs en Europe et à l’international, notamment l’Allemagne ou les Etats-Unis ?

Le contrat de filière 2018-2022 de la PFA prend bien sûr en compte ce besoin : l’industrie automobile est particulièrement sensible au décalage de compétitivité de notre pays par rapport à ses voisins européens. Il convient ainsi d’agir à travers les leviers suivants :

  • aider les PME à potentiel à accélérer leur croissance, et faire émerger davantage d’ETI fortement présentes à l’international, à l’image du tissu industriel allemand ;
  • donner davantage de visibilité à l’ensemble de la chaîne des fournisseurs et des services sur les évolutions technologiques attendues, et refonder les liens entre clients et fournisseurs ;
  • améliorer la performance de l’ensemble des entreprises de la filière, par des actions en faveur de l’usine du futur, du garage du futur et de la robotisation ;
  • anticiper et accompagner les besoins de mutation pour les entreprises les plus directement impactées par l’évolution du mix énergétique.

Afin de répondre à cet enjeu majeur pour la filière, la PFA a décidé de mettre en oeuvre quatre actions prioritaires : l’accélération de la croissance des PME à potentiel et des startups, et leur soutien à l’international ; la refondation du pacte automobile pour renforcer les liens au sein de la filière ; l’amélioration de la performance des entreprises et l’aide apportée pour leur permettre de réussir leur transformation digitale ; l’accompagnement de la mutation des entreprises impactées par la transition écologique.


* Tony Jaux faisait partie des intervenants du café économique de Bercy organisé pendant la Semaine de l’industrie, le 30 mars 2018, sur le thème «Les objets connectés dans l’industrie : nouveaux services & cas d’usage», en partenariat avec la Fabrique de l’industrie.

** Créée en 2015, l’Alliance pour l’Industrie du Futur (AIF) organise et coordonne, au niveau national, les initiatives, projets et travaux tendant à moderniser et à transformer l’industrie en France.
Réunissant des organisations professionnelles de l’industrie et du numérique ainsi que des partenaires académiques et technologiques, l’AIF accompagne les entreprises françaises et notamment les PME/PMI dans la modernisation de leurs outils industriels et la transformation de leur modèle économique par les technologies nouvelles, digitales et non digitales.

*** Le Comité Stratégique de Filière Automobile fait partie d’une première liste de Comités Stratégiques de Filière mis en place par le comité exécutif du Conseil National de l’Industrie (CNI) en février 2018.
La filière a élaboré, sur la période 2018-2022, un plan d’actions portant sur un nombre limité de projets structurants à forts enjeux, et propose à l’État sous la forme d’un contrat de filière un ensemble d’engagements réciproques visant à accompagner leur réalisation. Quatre projets structurants figurent dans ce contrat de filière : être acteur de la transition énergétique et écologique ; créer l’écosystème du véhicule autonome et expérimenter à grande échelle pour offrir de nouveaux services de mobilité ; anticiper les besoins d’évolution en compétence et emplois ; renforcer la compétitivité de la filière automobile.


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