Retour sur les cafés

L’Intelligence économique, pour quoi faire ?

Le 18 février dernier, nous avons retrouvé les étudiants de 3ème et 4ème année en alternance de l’École Supérieure de Commerce et de Gestion (ESCG) de Paris à l’occasion d’un « café économique de Bercy » dédié à l’intelligence économique.

Les échanges ont été animés par Laurent Weill, conseiller senior à la Délégation interministérielle à l’Intelligence économique (D2IE) et le directeur de l’intelligence économique d’un grand groupe français. Cela a été l’occasion de revenir sur le rôle des différents acteurs de l’intelligence économique dans les entreprises et au niveau de l’Etat :

La Délégation Interministérielle à l’Intelligence économique

La Délégation interministérielle à l’Intelligence économique (D2IE) est placée sous l’autorité du Premier ministre. Pour Madame Claude Revel, déléguée 2IE, c’est un véritable « centre d’alerte, d’impulsion et d’accompagnement, au service des intérêts économiques de la France et de sa compétitivité ». Son action se décline en quatre volets :

  • La veille, pour anticiper les évolutions de l’environnement économique,
  • L’influence, pour être visible dans un monde de plus en plus interconnecté,
  • La protection du patrimoine matériel et immatériel, pour assurer la sécurité économique,
  • La sensibilisation, pour insuffler la culture « IE » dans les entreprises, les universités et la société en général.

« Savoir pour prévoir, afin de pouvoir ». Cette citation d’Auguste Comte illustre clairement la philosophie de l’Intelligence économique.

Concrètement, que fait la D2IE ?
Voici deux exemples d’actions :

  • En termes d’influence, la Délégation œuvre actuellement à faire modifier les critères du classement Doing Business (classement des économies mondiales) établis suivant des normes anglo-saxonnes de libre-échange, de rapidité à s’établir ou d’efficacité administrative, mais ne tenant pas compte de facteurs « humains » comme la protection juridique et sociale.
  • L’accompagnement des PME-TPE. Ces petites entreprises, généralement plus démunies que les grandes, ont tout autant besoin de se protéger. Elles ont à leur disposition, au sein des Dirrecte, des Chargés de missions régionaux à l’Intelligence économique (CRIE) . Les CRIE ont notamment pour mission de préparer un plan de veille stratégique, arrêté par le préfet de région, sur des sujets locaux d’anticipation économique et de prospective.

Le rôle de la Délégation interministérielle à l’Intelligence économique expliqué par Laurent Weill

A savoir : La Direction régionale du Renseignement intérieur (DRRI), la Gendarmerie nationale et la Direction de la Protection et de la Sécurité de la Défense (DPSD) sont également des acteurs de l’Intelligence économique. Elles traitent plus particulièrement des questions de sécurité économique et de protection des entreprises.

L’Intelligence économique dans les entreprises

Le consultant Intelligence économique, devenu incontournable au sein des entreprises, qu’il soit interne ou externe, apporte aux décideurs l’information nécessaire à la mise en place d’actions préventives et de politiques stratégiques proactives. A l’heure de la mondialisation, il s’agit pour lui de trier et d’analyser l’information blanche ou grise (obtenue légalement), dans un contexte d’« infobésité » croissante (90% des informations disponibles en ligne ont moins de deux ans) et de manque de fiabilité de certaines sources (20% des données internet sont fausses).
L’intelligence économique, en tant que levier de compétitivité, par exemple, peut être offensive, afin de pénétrer les marchés ou défensive pour les verrouiller.

Les responsables IE des grands groupes sont en général rattachés aux directeurs Sécurité (ou Risques), Développement, Compétitivité ou Stratégie.
L’humain est au cœur de la démarche. Comme l’a expliqué le directeur de l’intelligence économique aux étudiants, une équipe de consultants IE est composée de profils très hétérogènes capables d’appréhender différentes cultures. Il faut penser « out of the box », sortir des sentiers battus, être curieux et rigoureux.

Les petites entreprises ne sont pas plus à l’abri du piratage informatique, du débauchage de personnel ou encore d’atteintes à la réputation… Les PME de l’innovation ou celles qui exercent dans un secteur stratégique sont en première ligne. Il leur est possible de mutualiser certaines étapes de la collecte d’information via les syndicats professionnels ou les pôles de compétitivité.

L’intelligence économique au service des PME

Finalement, s’il nous est à tous arrivé, même inconsciemment, d’adopter une démarche d’intelligence économique, il nous appartient aujourd’hui, dans un monde où l’information circule ouvertement, d’orienter nos comportements vers plus de confidentialité, de vigilance et de responsabilité.

Pour en savoir plus

Consultez le Guide du Routard sur l’Intelligence économique

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7 Commentaires

  • Le but étant de renforcer sa compétitivité, il est essentiel pour un groupe de décrypter les informations pouvant nuire à l’image et la stratégie adoptée. La surveillance doit être de mise associée à divers démarches offensives.

  • Le métier de consultant Intelligence économique à de l’avenir. Compte tenu du fait que l’information circule de plus en plus vite, qu’elle est de moins en moins vérifié, les entreprises (et pas seulement les grands groupes) auront de plus en plus besoin d’une personne spécialisé dans le domaine.

  • Certes, les technologies Big Data peuvent effrayer les individus, notamment en introduisant des risques sur la confidentialité des données privées. A ce titre, elles doivent sans aucun doute être inscrites dans un cadre légal précis et applicable par tous.

    Pourtant, à une échelle nationale ou internationale, ces technologies ne peuvent-elles pas servir de grandes causes humanistes ? Je pense en particulier aux progrès énormes qu’elles permettraient dans le domaine de la médecine si elles étaient appliquées aux populations de patients atteints de maladies complexes telles que le cancer, la leucémie, le sida,… Là où les analyses à l’échelle de l’individu peuvent échouer parce qu’elles ignorent tout de l’existence même de cette personne, de son vécu, des contextes dans lesquels elle a été plongée par le passé, elles se contentent bravement des approximatives déclarations du patient à son médecin, imaginez ce que la puissance d’une application Big Data rassemblant les informations sur des millions de personnes et des événements de vie qu’elles auraient rencontrés et partagée, pourrait apporter aux scientifiques du monde entier !

    Je m’interroge sur les possibilités qu’ont les gouvernements de nos nations (européennes et mondiales) pour mettre en place ce genre de projet scientifique commun, répondant à un des plus grands enjeux supérieurs dans le contexte de crise que nous traversons : la sauvegarde de vies humaines. Lancer (ou ne pas lancer) un tel projet n’est-il pas du même niveau de responsabilité que les programmes de découverte spatiale financés au milieu du 20ème siècle ? Pourquoi n’entendons-nous pas cette question parmi le flot d’information qui nous inonde chaque jour ?

    Qu’en pensez-vous ?

  • Je travaille dans un grand groupe qui vient d’embaucher un consultant en intelligence économique. C’est vrai que c’est indispensable aujourd’hui et pourtant encore beaucoup de groupes en manque. C’est le problème des grosses entreprises, elles ont parfois du mal à créer de nouveaux postes afin de répondre à des problématiques émergentes…

  • « Les petites entreprises ne sont pas plus à l’abri du piratage informatique, du débauchage de personnel ou encore d’atteintes à la réputation… » j’ajouterai même qu’elles ne sont pas à l’abri des référencements négatifs, depuis que google a ouvert cette brèche, j’ai placé quelques exemples de « negative seo » sur mon site sitepenalise.fr, et ça fait froid dans le dos… Il n’est donc plus uniquement question de salir une réputation, mais bel et bien de détruire une entreprise, comme si on y « mettait le feu », sauf que la il s’agit d’un feu virtuel visant à détruire la visibilité en ligne….

  • Le problème de l’intelligence économique dans les petites entreprises comme dans les grandes, c’est l’absence d’information des collaborateurs. On a souvent une poignée de personnes qui sont sensibilisée et qui essaye d’être active, avec potentiellement des consultants externes, mais 95% des effectifs considèrent que l’intelligence économique est un gros mot et que ça ne les concernent pas.
    Un véritable effort de pédagogie est à fournir, et c’est une très bonne chose que des interventions à ce propos soient organisées dans les écoles de commerce.