Paroles d'experts

Entreprises du Patrimoine Vivant : l’excellence au service de la « French Touch »

En quoi le label EPV contribue-t-il à l’amélioration de la visibilité des entreprises et à leur attractivité sur leur territoire et au-delà ?

Depuis la création du label « Entreprise du Patrimoine Vivant » (EPV), en 2005, un peu plus de 1 400 entreprises ont été labellisées.
Les entreprises labellisées, qui détiennent des savoir-faire artisanaux et industriels d’exception, sont présentes dans les différentes régions françaises.
En complémentarité avec l’Institut supérieur des métiers (ISM), organisme chargé notamment de gérer le label EPV au nom de l’Etat, l’Association Nationale des Entreprises du Patrimoine Vivant (ANEPV) contribue à structurer et fédérer dans les territoires les réseaux d’entreprises ayant obtenu le label EPV, avec le soutien des Directions régionales des entreprises, de la concurrence, du travail et de l’emploi (DIRECCTE).
Kristof de Meulder*, chargé de mission au Bureau de l’Artisanat et de la Restauration à la Direction générale des entreprises (DGE), nous en dit plus sur l’apport du label EPV au développement économique dans les territoires.

«Quels sont les objectifs poursuivis par le label « Entreprise du Patrimoine Vivant » (EPV) ?

Les entreprises labellisées forment un réseau d’acteurs économiques dynamiques et diversifiés autour de sept grands univers : la décoration (Emaux de Longwy, Beauvillé, Prelle et Cie), la mode et la beauté (Bonneterie Armor Lux, Lampe Berger), le patrimoine bâti (Métallerie Schaffner, Multiplast), les équipements professionnels (Deux-Ponts Manufacture d’Histoires, Solyfonte), la culture et les loisirs (chantier naval Borg, Fontaine pétrifiante de Saint Nectaire), la gastronomie (Les calissons du Roy René, Champagne Roederer) et les arts de la table (Haviland, Christofle).

Toutes ces entreprises partagent ce goût de l’excellence qui contribue à l’image de marque de la France à l’international, cette fameuse « French Touch ». Les savoir-faire d’exception de ces entreprises qui sont à la base de cette production de qualité sont reconnus officiellement par ce label d’Etat.

Les savoir-faire sont un levier de compétitivité de nos entreprises pour répondre aux défis d’une concurrence mondialisée et des évolutions technologiques. En valorisant un savoir-faire rare ou exceptionnel tant dans l’artisanat que l’industrie, le label EPV répond à une volonté des pouvoirs publics de conforter et développer les marchés de ces entreprises, fondatrices de l’identité économique et culturelle de nos territoires. C’est aussi un moyen de préserver ces savoir-faire et de les transmettre aux générations futures.

Comment ce label peut-il alors contribuer au développement économique des territoires ?

La force d’un label est avant tout la force d’un réseau, c’est-à-dire sa capacité de fédérer autour de lui les parties prenantes autour de valeurs partagées. C’est cette énergie collective qui permet d’obtenir des résultats concrets sur le terrain.  C’est la force du label EPV. Malgré la diversité des entreprises représentées, elles partagent toutes ces valeurs de l’excellence, une volonté de transmission de leurs savoir-faire, un  attachement à leur territoire. Cette particularité explique que le label EPV parvient à mobiliser des acteurs très divers comme les chambres consulaires, les DIRECCTE, et même les régions qui s’impliquent de plus en plus.

Si le label EPV est en mesure de fédérer autant d’acteurs, c’est qu’il suscite la confiance. C’est un label d’Etat, garant de sa crédibilité. La procédure de labellisation est très stricte des experts qui interviennent à toutes les étapes de la procédure. Nous devons absolument veiller à préserver cette rigueur pour conserver cette crédibilité.

Par la confiance qu’il suscite, mais aussi par les valeurs qu’il représente, ce label est donc capable de fédérer les acteurs d’un territoire. Dans l’économie d’aujourd’hui, l’attractivité des territoires se joue aussi sur les actifs immatériels[2]. Et un réseau d’acteurs est un actif immatériel de premier plan. C’est dans ce sens que le label EPV peut venir en soutien au développement économique d’un territoire.

Est-ce que le label EPV peut contribuer à développer l’image d’excellence de nos territoires ?

Certaines régions ont déjà inclus des politiques dédiées au développement des filières d’excellence dans leur schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation. Miser sur les métiers de l’excellence est un facteur distinctif dans les politiques d’attractivité car ces savoir-faire sont souvent le reflet de l’identité culturelle de ces territoires. C’est une manière de puiser dans ses racines pour mieux affirmer son identité et la projeter hors de ces frontières.

Toutes les régions se sont lancées dans des stratégies de marketing territorial pour gagner la bataille de l’attractivité. Or, l’image de marque d’un territoire est aussi la résultante des images de marques des acteurs qui la composent, y compris les acteurs économiques. Pensez à Dior, Hermès ou Airbus sans qui l’image de la France ne serait  pas tout à fait ce qu’elle est aujourd’hui. Evidemment, à l’échelle d’un territoire, les EPV sont individuellement de taille trop modeste pour porter l’image d’un territoire. Mais réunies sous un même label, elles deviennent visibles et peuvent contribuer à construire une image de marque d’excellence de leur territoire.

Je suis d’ailleurs très heureux de constater que de plus en plus d’EPV ouvrent leurs ateliers pour des visites. Le tourisme de savoir-faire est en plein développement et de la sorte, les EPV enrichissent l’offre touristique sur un créneau très porteur. Les EPV sont d’ailleurs spécifiquement visées dans la politique gouvernementale de développement du tourisme culturel.

Tout cela n’est donc qu’une question d’image ?

Non. N’oublions pas qu’à la base, les EPV ont surtout un fort potentiel de développement économique. Elles ont des savoir-faire reconnus avec souvent des marques fortes, deux atouts essentiels pour la compétitivité des entreprises. Ce sont des entreprises pérennes, qui recrutent et qui peinent même à recruter. Quand on investit dans de la formation pour répondre aux besoins de recrutement exprimés par ces entreprises, il y a une bonne garantie, qu’au bout, il y a réellement un emploi qui soit pourvu.

Le préalable à cela, évidemment, est que les EPV d’une région se regroupent et fassent clairement connaître leurs besoins en matière de formation. C’est le sens de l’action engagée avec l’Association nationale des EPV (ANEPV) pour créer des réseaux régionaux d’EPV.

Mais les EPV sont également des entreprises qui innovent et qui exportent. Plus de 70% des EPV réalisent au moins une partie de leur chiffre d’affaires à l’international. A ce titre, ces entreprises peuvent être de véritables locomotives pour une économie à l’échelle territoriale avec un effet d’entrainement pour les autres entreprises. Pour amplifier ce mouvement, l’Institut Supérieur des Métiers (ISM), l’opérateur qui gère le label au quotidien pour le compte de l’Etat, a signé une convention avec le réseau des CCI pour faciliter l’accompagnement des EPV par leurs experts. Pour aider les dirigeants à mieux s’y retrouver dans leurs démarches d’export, une infographie « parcours export des EPV », présentant l’ensemble des dispositifs d’accompagnement, a été réalisée.

Comment optimiser davantage l’impact du label EPV sur le développement économique ?

Je l’ai déjà dit, il faut renforcer le réseau à l’échelle nationale et régionale. Nous y travaillons avec l’ANEPV. Mais nous devons aussi créer davantage de synergies avec d’autres réseaux ou politiques publiques qui défendent les valeurs d’excellence.

A titre d’exemple, nous avons tout intérêt à faire connaître le label EPV auprès de tous les étudiants d’écoles ou d’universités. Ils trouveront un cadre épanouissant pour réaliser leur stage. Et peut-être prendre goût à leur univers pour devenir un jour manager dans une EPV, voire repreneur car il y a de plus en plus de personnes avec de profil qui reprennent des EPV. C’est dans cette perspective que l’ISM a signé un partenariat avec la Chaire « Management des savoir-faire d’exception » de l’ESSEC. C’est aussi dans cet objectif que l’ANEPV a signé une convention avec la Confédération Nationale des Junior Entreprises.

Nous collaborons aujourd’hui avec la direction générale de l’emploi et de la formation professionnelle (DGEFP) pour expérimenter des outils numériques afin de préserver la conservation des savoir-faire et faciliter leur transmission. En 2018, pour la première fois, le label EPV a contribué à l’opération « Goût de France » mené par le ministère des affaires étrangères et qui vise à promouvoir l’excellence de la gastronomie française.

Le réseau est un échantillon d’entreprises au service des politiques publiques pour expérimenter des dispositifs. Ce réseau a vocation à collaborer avec tous les acteurs qui partagent ses valeurs d’excellence. C’est en tout cas le sens de notre action que nous menons actuellement avec l’ANEPV et l’ISM pour ancrer toujours davantage le label dans les territoires.

* Kristof de Meulder faisait partie des intervenants du café économique de Bercy organisé le 13 avril 2018 sur le thème « EPV : un label pour favoriser le rayonnement des territoires ? »


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