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De l’économie linéaire à l’économie circulaire

Au-delà des théories développées par les économistes reconnus, ce sont nos comportements qui posent question au regard des nouveaux défis mondiaux.

L’économie circulaire, pour quoi faire ?

« Où va le monde Monsieur Stiglitz ? » Lors de ses entretiens avec l’hebdomadaire Challenges en 2007, le Prix Nobel d’Économie est on ne peut plus clair : le modèle économique linéaire « produire, consommer, jeter » a atteint ses limites. Face à la nécessité d’optimiser les ressources et de limiter les déchets, un nouveau modèle s’impose, celui de l’économie circulaire.

Consommer oui, mais jeter moins

Notre consommation est exponentielle. L’OCDE estime qu’en 2007, l’économie mondiale a consommé 60 milliards de tonnes de ressources naturelles… soit 65% de plus qu’en 1980.

Aujourd’hui, la population de la planète a dépassé les 7 milliards d’individus et nous serons 9 milliards d’ici 2050. Dès 2030, nos besoins en eau devraient dépasser de 40% les réserves actuellement disponibles [1]. Par ailleurs, qui dit consommation dit production de déchets. En France, ceux-ci augmentent de 3% tous les deux ans à 355 millions de tonnes en 2010 [2]. Toutes les études s’accordent sur ce point : il est urgent de recycler !

L’économie circulaire, qu’est-ce que c’est ?

Pour le Conseil national des déchets (CND), l’économie circulaire est « un système de production et d’échanges prenant en compte, dès leur conception, la durabilité et le recyclage des produits ou de leurs composants de sorte qu’ils puissent redevenir soit des objets réutilisables soit des matières premières nouvelles, dans un objectif d’améliorer l’efficacité de l’utilisation des ressources ».

En d’autres termes, « l’économie circulaire peut être imaginée comme une série de boucles qui ont toutes pour objet de retarder et réduire au maximum la perte de la matière » [3].

schema economie circulaire

« Schéma de l’économie circulaire » par l’institut de l’économie circulaire

 L’économie circulaire, synonyme d’économies

Une étude réalisée par la Fondation Ellen MacArthur démontre que si les secteurs de l’industrie manufacturière en Europe adoptaient le modèle de l’économie circulaire, cela permettrait d’économiser 600 milliards d’euros par an [4]. A titre de comparaison, le PIB français s’élève à 2 059 milliards d’euros.

Recyclage, réutilisation et obstacles

Les études et les initiatives visant à limiter les déchets ne manquent pas.

Unilever récupère

Selon Paul Polman [5], président d’Unilever, la transformation de vieux vêtements en produits d’isolation, génèrerait un profit net de 1 000 euros par tonne collectée. Ou encore,  toujours selon lui, consigner les bouteilles de bière chez Unilever permettrait de réduire de 20% les coûts d’emballage et de distribution.

Renault réforme

Dans un autre domaine, l’usine de Renault de Choisy-le-Roi qui produit des moteurs remanufacturés, démontre la parfaite viabilité économique de l’économie circulaire. La production d’un organe remanufacturé permet d’économiser 80% d’énergie, 88% d’eau, 92% de produits chimiques et 70% de déchets [6]. Malgré les investissements de départ qu’elle nécessite, cette offre est rentable pour le constructeur car elle permet d’augmenter les volumes des pièces de rechange, de fidéliser les clients et de pérenniser l’offre au-delà de l’arrêt de production en série des organes neufs.

Le traitement des déchets, un défi complexe

Si certaines réalisations relèvent du symbole, comme la construction de la façade du siège du conseil de l’Union européenne à Bruxelles avec 3.000 fenêtres en chêne collectées dans tous les États membres [7], il n’en reste pas moins que dans le secteur du bâtiment comme ailleurs, les déchets nous encombrent.

En Ile-de-France, par exemple, les matériaux de destruction représentent 75% de nos déchets. Leur réutilisation n’est pas sans obstacles : l’absence de lieu de stockage, par exemple, où les entreprises pourraient déposer les matériaux avant réutilisation, ou encore, la multiplication et la complexité des normes qui freinent et surenchérissent les procédés de récupération.

Économie circulaire, économie positive

L’expression économie positive est employée pour désigner une croissance économique « qui contribue positivement aux bilans environnementaux et sociaux », un concept développé par BeCitizen en 2005 au service des générations futures. Cette démarche s’inscrit ni plus ni moins dans le processus de l’économie circulaire.

Le LHForum, le Mouvement pour une économie positive

Pour sensibiliser les acteurs économiques, le Positive Economy Forum (LHForum), initié en 2012 au Havre, affiche son ambition : réunir les femmes et les hommes qui adoptent une attitude « économie positive ». Le Positive Economy Forum se décline aujourd’hui à l’international, en Italie et au Québec notamment.

Depuis la tenue de ces premiers états généraux, son fondateur Jacques Attali a rassemblé des talents du monde entier et anime un groupe de réflexion autour de cette ambition. Réflexions formalisées dans le rapport « Pour une économie positive » (PDF – 1,09 Mo) remis au Président de la République en septembre 2013.

De l’entreprise éco-responsable…

Estimer son impact environnemental à travers ses émissions de Gaz à Effet de Serre participe d’une démarche éco-responsable. En France, le transport est le premier secteur émetteur de GES. Il représente 27,8% des émissions nationales soit 136,4 millions de tonnes équivalent CO2 en 2012, avec une forte croissance entre 1990 et 2001 (+19%) puis une légère décroissance depuis 2004 (-8%).

Le transport routier est responsable de 92% de ces émissions, dont 57% pour les seuls véhicules particuliers [8]. La Loi Grenelle II rend obligatoire la réalisation de bilans d‘émissions de GES pour les organisations de plus de 500 salariés (+ de 250 pour les régions et départements d’outre-mer).

au citoyen éco-responsable

A titre individuel, il nous est possible de mesurer notre Bilan Carbone™ Personnel sur une année à l’aide du calculateur carbone développé dans le cadre d’un partenariat entre l’association Avenir Climatique et l’Agence de l’Environnement et la Maîtrise de l’Énergie (ADEME).

Au delà du concept, de nombreux textes de loi prennent en compte ces questions tant sur l’aspect de l’éco-consommation (par exemple, la loi consommation qui oblige les commerçants à afficher la durée pendant laquelle les pièces détachées d’un appareil seront disponibles) que sur les notions de consommation collaborative avec notamment la préparation du projet de loi sur le numérique (concertation nationale sur le numérique en cours)

Sources :

[1] Quinn Andrew, U.S. Intelligence Sees Global Water Conflict Risks Rising, Reuters 2012.
[2] Chiffres et statistiques n°385 (PDF – 168 Ko), Commissariat général au Développement durable 2013
[3] Économie circulaire et recyclage : vers un nouveau modèle économique (PDF – 1,44 Mo), Astérès 2013
[4] Towards the Circular economy. Accelerating the scale-up across global supply chains (PDF – 4,48 Mo), rédigé en collaboration avec le World Economic Forum, la Fondation Ellen MacArthur et le cabinet de conseil McKinsey & Company, janvier 2014
[5] Unilever and WBCSD CEOs Discuss Building a Circular Economy in Europe, Business review Europe 2014
[6] De l’économie circulaire appliquée à l’industrie automobile, Fondation  Ellen MacArthur, juillet 2013
[7] « Matière Grise », donner une deuxième vie aux matériaux de chantiers, exposition au Pavillon de l’Arsenal jusqu’au 4 janvier 2015
[8] Émission de Gaz à Effet de Serre, Ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie, août 2013

1 commentaire

  • Dans le même état d’esprit on peut aussi arrêter de consommer de la viande chaque jour et se faire son petit élevage d’insectes comestibles 🙂 Moins d’impact écologique