Retour sur les cafés

Bilan positif pour la journée de l’innovation sociale de Saint-Brieuc !

Porteurs de projets, professionnels de l’accompagnement, représentants du territoire…  La journée de l’innovation sociale organisée le 26 mars à Saint-Brieuc a rassemblé plus d’une centaine de participants. Retour sur les temps forts de l’événement, qui s’est tenu sur le site de l’école des métiers de la solidarité, Askoria.

 

Ça bouge pour l’innovation sociale en Bretagne ! 110 participants, parmi lesquels 70 porteurs de projets, étaient présents le 26 mars pour participer à la journée thématique organisée par le pôle de développement de l’économie sociale et solidaire (ESS) du pays de Saint-Brieuc, Rich’Ess.

L’événement s’inscrivait dans la lignée de la journée de l’innovation sociale en Bretagne, « Innov’deiz », organisée à Rennes en 2013. Cette déclinaison locale s’est déroulée au sein de l’école des métiers de la solidarité, Askoria, à Saint-Brieuc.

artistes du cirque Galapiat

Rich’Ess avait confié l’animation de la journée aux artistes de la troupe de cirque Galapiat qui ont « illustré » les thématiques de travail des participants. Ici, une animation autour du lien social.

[Retrouvez toutes les photos de l’événement sur notre page Facebook !]

L’innovation sociale, c’est quoi ?

Au programme : une matinée de mise en relation des participants et de présentation de l’innovation sociale. Les organisateurs sont notamment revenus sur la définition même du terme « innovation sociale ». Objectif : poser les bases d’un après-midi plus « studieux » dédié aux ateliers participatifs, les « labos ».

Selon le Conseil supérieur de l’économie sociale et solidaire (CSESS), « l’innovation sociale consiste à élaborer des réponses nouvelles à des besoins sociaux nouveaux ou mal satisfaits dans les conditions actuelles du marché et des politiques sociales, en impliquant la participation et la coopération des acteurs concernés, notamment des utilisateurs et usagers ».

Ces innovations concernent aussi bien le produit ou service que le mode d’organisation et de distribution, précise le CSESS, et sont développées dans différents domaines allant du vieillissement à la petite enfance, en passant par le logement ou encore la santé. [En savoir + sur le portail du développement de l’ESS]

Un après-midi dédié aux ateliers participatifs

labo-innovdeiz

Conçus comme des lieux d’échanges et de co-construction, les labos organisés l’après-midi ont couvert sept thématiques touchant aux champs de l’innovation sociale. Pour chacun, un animateur était chargé d’orchestrer les réflexions et de prendre note des principaux résultats, qui ont été présentés au cours de la réunion de clôture de la journée.

7 « labos » pour réfléchir ensemble à l’innovation sociale : zoom sur les thématiques de travail

Labo #1 : Pilotons ensemble les projets !
L’innovation sociale dans le pilotage des organisations pour une gouvernance associant les parties prenantes
Labo #2 : Innover pour former/Former pour innover
Des innovations pédagogiques permettant d’inventer ou de consolider de nouvelles façons d’agir, de travailler, de s’engager
Labo #3 : Du logement au lieu de vie : l'innovation sociale dans l'habitat
Aménager, adapter et partager des espaces et du temps, pour que le simple « logement » devienne un vrai « lieu de vie »
Labo #4 : Vers une consommation rêvalisable?
Des innovations sociales redonnent du sens à notre consommation, en ouvrant la possibilité à toutes et tous de consommer plus responsable et local
Labo #5 : Les citoyen.ne.s au coeur de l'innovation sociale
Des innovations sociales qui témoignent du pouvoir d’agir des citoyen.ne.s
Labo #6 : Innovation sociale : un vecteur de co-construction inter-entreprises
En quoi l’innovation sociale peut-elle être porteuse de nouvelles relations entre entreprises de l’économie sociale et solidaire et entreprises de l’économie classique ?
Labo #7 : L'innovation sociale pour changer les regards
Des projets pour mieux vivre ensemble.

Parmi les intervenants : Carmen Toudic, coordinatrice enfance de la mutualité enfance famille des Côtes d’Armor, invitée pour participer à l’atelier dédié aux relations entre entreprises de l’ESS et entreprises de l’économie classique (labo #6).

La jeune femme était venue présenter un projet innovant du territoire : Mamhique. Mamhique est un dispositif permettant de pallier les manquements des crèches pour les parents travaillant sur des plages horaires atypiques. Aujourd’hui, ce sont 150 enfants qui en sont bénéficiaires et 12 structures qui y souscrivent.

Mamhique, un dispositif dédié à la garde d’enfants en horaires atypiques

Le projet Mamhique est né en 2005, après plusieurs sollicitations effectuées à la préfecture des Côtes d’Armor par des agents, policiers notamment, qui se trouvaient en difficulté pour trouver des modes de garde adaptés aux contraintes horaires de leurs métiers. De ces sollicitations est née l’idée, pour une assistante sociale de la préfecture, qu’un modèle restait à inventer pour répondre à ces besoins spécifiques. C’est le début du projet Mamhique.

Implanté à Saint-Brieuc en 2005, le dispositif s’est déployé en Ile et Vilaine en 2007, puis à l’ensemble de la région Bretagne en 2011. Aujourd’hui, Mamhique est sorti des frontières bretonnes pour être développé dans le Jura et les Pyrénées-Atlantiques. Cette année, trois autres groupements de la mutualité française vont le transposer sur leurs territoires : la Saône et Loire, l’Isère et la Loire Atlantique. Et dix nouveaux inscrits dans d’autres groupements, souhaitent démarrer la réflexion. «  L’intérêt de l’innovation sociale, c’est l’essaimage. L’innovation sociale est reproductible partout en prenant en compte les spécificités des territoires. Les horaires atypiques existent partout et les modes de gardes classiques ne répondent pas complétement aux besoins », explique Carmen Toudic.

Selon Carmen Toudic, le bilan de sa participation a été très positif. « Une journée comme celle-ci permet de prendre du recul, de faire un pas de côté par rapport à notre stratégie, et d’envisager de nouvelles choses. Je ne m’attendais pas à tant. Finalement, j’ai appris plus que je n’ai apporté ! », témoigne-t-elle.

Carmen Toudic, coordinatrice enfance de la mutualité enfance famille

Carmen Toudic, coordinatrice enfance de la mutualité enfance famille, a participé à l’atelier dédié aux relations entre entreprises de l’ESS et entreprises de l’économie classique.

En participant à la manifestation, Carmen Toudic a relevé une dimension encore inexplorée dans le cadre de son projet : celle de la plus-value qu’il apporte à l’entreprise qui y souscrit, en termes d’attractivité, au-delà de l’offre du service en lui-même. « Je pense qu’il s’agit d’une voie que nous allons mettre en avant à présent », déclare-t-elle. « De manière plus générale, plusieurs idées ont surgi de notre co-réflexion, parmi lesquelles la nécessité de créer des moments d’échanges entre structures de l’ESS développant de l’innovation sociale et entreprises classiques, pour construire ensemble des objectifs communs », ajoute-t-elle.

Hybritel, une structure d’hébergement d’urgence innovante

Parmi les autres projets représentés : Hybritel, mis en place par l’association départementale Adalea. Le projet Hybritel a permis la réhabilitation, en 2014, d’une cage d’escalier d’un bailleur social de l’agglomération de Saint-Brieuc, dans l’objectif de répondre aux demandes d’hébergement d’urgence adressées au 115. Avec une particularité : la modularité des logements proposés. Grâce à un système de digicodes donnant accès aux logements et aux chambres les composant, les espaces peuvent être articulés en fonction de la demande et des différentes compositions familiales. Hybritel dispose du statut « logement » et a obtenu un agrément du préfet pour réaliser des hébergements d’urgence.

Hybritel est un projet qui emprunte les codes de la gestion hôtelière pour proposer des hébergements d'urgence, en faisant baisser les coûts.

Hybritel est un projet qui emprunte les codes de la gestion hôtelière pour proposer des hébergements d’urgence, en faisant baisser les coûts.

Aujourd’hui, ce projet est étudié par d’autres régions de France, qui viennent régulièrement visiter la structure. Il faut dire qu’Hybritel a permis de réduire les coûts de manière substantielle : 11 euros par nuit, contre 18 euros dans les hôtels travaillant habituellement avec le 115. « L’économie se chiffre à 10 000 euros par mois », estime Christophe Guinche, responsable de pôle d’Adalea.

Pour arriver à ce résultat, l’association mise sur la mutualisation des coûts entre ses différents pôles (accueil, écoute & veille sociale ; logement & hébergement ; emploi & formation ; ateliers d’insertion). Ainsi, un système de vidéo-surveillance relié au centre dédié aux femmes victimes de violences conjugales, à Saint-Brieuc, permet de ne pas mobiliser un agent sur place 24h/24. De plus, les deux cages d’escaliers adjacentes à Hybritel abritent une maison relai gérée par Adalea, permettant de mutualiser certains postes de dépenses, comme les photocopies… L’animation est réalisée par des professionnels du monde hôtelier et par des bénévoles.

Apprendre le travail coopératif aux jeunes

Parmi les autres porteurs de projets venus assister à la journée : Jean-Luc Neveu, directeur de la Maison de la jeunesse et de la culture (MJC) de la ville de Quintin. Jean-Luc Neveu était venu représenter le projet de coopérative jeunesse de services (CJS), concept venu du Québec expérimenté à Quintin en 2013 et en 2014.

Jean-Luc Neveu, directeur de la MJC de Quintin, était venu à Saint-Brieuc pour représenter le projet de coopérative jeunesse de services (CJS), mis en place depuis 2013 à Quintin.

Jean-Luc Neveu, directeur de la MJC de Quintin, était venu à Saint-Brieuc pour représenter le projet de coopérative jeunesse de services (CJS), mis en place depuis 2013 à Quintin.

« Ce projet s’adresse aux jeunes de 16 à 17 ans qui fréquentent régulièrement la MJC », explique-t-il. Concrètement, il s’agit de regrouper douze jeunes pour leur faire créer une coopérative qui proposera des services pendant les deux mois des vacances d’été. Encadrés par deux animateurs, qui les accompagnent dans leurs démarches, les jeunes créent un conseil de direction, mettent en place des comités de travail… Objectif : apprendre le travail coopératif. « Le travail effectif, comme les tontes de pelouse, ne concerne que 50% du temps. Le reste est dévolu aux aspects organisationnels, à la négociation des contrats avec les particuliers, les collectivités, les associations… C’est une expérience très formatrice pour les jeunes. Ils sont conscients que plus ils seront pertinents dans leurs démarches, plus ils récolteront d’argent à la fin », note Jean-Luc Neveu.

Et ce ne sont pas les chiffres qui viendront le contredire, car l’idée de la coopérative jeunesse de services a déjà fait des émules. En 2013, 3 CJS avaient été créées en Bretagne, à Quintin, Rennes et Quimper. En 2014, ce sont 10 CJS qui avaient été établies en Bretagne et dans les Pays de la Loire. Cette année, 50 devraient voir le jour dans toute la France !

La Bretagne, terre d’économie sociale et solidaire

Aujourd’hui en Bretagne, l’économie sociale et solidaire (ESS) représente 14% de l’emploi, soit 144 000 emplois. Sur le seul pays de St-Brieuc, ce ratio s’élève à 18% avec 14 000 emplois répartis entre les associations (8000 emplois), les coopératives (5000 emplois), et les mutuelles (1000 emplois).

« Le poids de l’ESS est particulièrement élevé sur le territoire du fait de l’importance des coopératives agricoles et agro-alimentaires », explique David Ison, chargé de mission à l’observatoire régional de l’économie sociale et solidaire (ORESS) de Bretagne.

Entre 2008 et 2013, la croissance de l’emploi dans l’ESS a atteint seulement 2% dans l’agglomération de Saint-Brieuc, contre 7% en moyenne régionale. Mais cette croissance reste toutefois bien supérieure à celle de la moyenne du secteur privé du pays de St-Brieuc, qui a perdu 5% de ses emplois sur la même période, ESS incluse. «  Ce sont principalement les secteurs de l’hébergement médico-social de personnes âgées (+51%), de la santé (+17%) et des services à la personne qui portent la croissance de l’ESS entre 2008 et 2013 », précise David Ison.

Retrouvez tous les articles du blog sur l’économie sociale et solidaire !

Aller plus loin :

La loi économie sociale et solidaire sur le portail des ministères économiques et financiers

Le portail de l’économie sociale et solidaire en Bretagne

Le site de Rich’ESS, pôle de développement de l’économie sociale et solidaire à Saint-Brieuc

Le site de l’école des métiers des solidarités, Askoria

Le cirque Galapiat

 

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