3 questions à Christophe de Maistre, Président de Pacte PME

“La diversité de mes expériences m’a permis de mesurer l’importance de la qualité des rapports entre grandes entreprises et PME.”
Christophe de Maistre

 

Christophe de Maistre répond aujourd’hui à nos questions.

Ayant rejoint le groupe Siemens en 1991, sa carrière est marquée par un parcours international qui l’a conduit successivement en Allemagne, en France et en Chine, exerçant des fonctions de management dans les filiales industrielles du groupe. Fort de son expérience alliant gestion opérationnelle de la production et le pilotage de co-entreprises, il devient Président de Siemens France en 2011, il est membre du Conseil de la simplification pour les entreprises depuis 2014. Il devient Président de Pacte PME à l’été de la même année.

L’association Pacte PME a pour mission de faciliter le rapprochement entre les grands groupes et les PME et de stimuler toutes les formes de coopérations entre elles : achat, innovation ouverte, export, montée en compétences, etc. Sa vocation est de faire émerger de nouvelles entreprises de taille intermédiaire (ETI), encore trop peu nombreuses dans notre pays (environ 5 000 aujourd’hui).

 

M. de Maistre, vous avez pris la présidence de Pacte PME à l’été 2014. Après bientôt trois ans à la tête de cette association, avez-vous le sentiment que les lignes bougent dans les relations entre les entreprises ?

C. de Maistre : J’ai décidé de m’engager au sein de l’association Pacte PME, qui avait été auparavant présidée par Henri Lachmann (Schneider Electric) puis Fabrice Brégier (Airbus), à la faveur de mon parcours d’industriel en France et surtout à l’international (Allemagne, Chine). La diversité de mes expériences m’a permis de mesurer l’importance de la qualité des rapports entre grandes entreprises et PME.

Quand j’ai été élu président il y a trois ans, j’entendais encore un discours un peu caricatural sur « ces grands groupes qui massacrent les PME », alors que d’évidence les choses étaient déjà en train de bouger. Mais il y avait en effet encore trop de dérives, voire certaines formes de « maltraitance » (notamment en matière de délais de paiement) que je ne voulais pas me résoudre à considérer comme définitives.

L’Observatoire de Pacte PME mis en place par mes prédécesseurs nous permet chaque année de mesurer les progrès accomplis dans la relation entre les grands donneurs d’ordres et leurs co-traitants.

Sur 35 grands groupes engagés dans notre démarche l’année dernière, nous avons pu observer que près de 25% de leur commande était orientée vers les PME, contre seulement 16% lors du premier exercice de mesure réalisé en 2012. C’est très encourageant.

Et sur un plan plus qualitatif, on se rend compte que l’étroitesse des rapports qu’entretenaient grands groupes et PME il y a encore dix ans a laissé place à l’engagement de rapports plus équilibrés, fondés sur une logique d’intérêts mutuels et de partenariat.

Aujourd’hui, les grands comptes voient de plus en plus dans les PME un partenaire à part entière, avec lesquelles ils peuvent « co-innover », voire remporter ensemble des appels d’offres étrangers.

 

“En France, c’est plus compliqué”

 

Précisément, on dit que les Allemands « chassent en meutes » à l’export. Est-ce que les entreprises françaises adoptent désormais ce réflexe et travaillent en confiance sur les marchés étrangers ?

C. de Maistre : Vous avez raison de citer l’exemple allemand. Les quelque 12 000 entreprises du Mittelstand[1] ont un comportement vraiment solidaire, un réflexe coopératif, qui les amène à s’installer ensemble dans les pays émergents et ailleurs. Elles fonctionnent vraiment ensemble.

On sait que les entreprises italiennes fonctionnent aussi en réseaux, s’agissant plus particulièrement des PME entre elles.

En France, c’est plus compliqué. Avec Pacte PME, on a réalisé une enquête à l’automne 2015, qui fait apparaître un manque manifeste de réflexe collaboratif à l’export : seules 5% des TPE, PME et ETI participantes nous ont indiqué avoir déjà travaillé à l’international avec un grand compte au cours des cinq années qui ont précédé notre étude.

De fait, à peine 125 000 entreprises françaises exportent chaque année ! C’est bien trop peu. Et nous pensons que grands groupes et PME peuvent faire un bout de chemin ensemble dans ce domaine.

Depuis mars dernier, avec le soutien de la Direction générale des entreprises (DGE) et d’une douzaine de grands comptes et de dirigeants de start-up et de PME, nous sommes en train de concevoir et allons bientôt développer une plateforme (« Pacte international ») de mise en relation, destinée à mieux communiquer entre entreprises de toutes tailles sur les opportunités d’exportation collaborative.

D’ici la fin de l’année, nous pourrons lancer une expérimentation de cette plateforme.

[1] Ce terme désigne communément la nébuleuse des PME (kleine und mittlere Unternehmen – KMU), c’est-à-dire de toutes ces sociétés qui ne sont pas cotées en bourse et dont on estime la part dans le tissu des entreprises à quelque 99,9 %… Dans l’acception allemande, une KMU réalise un CA inférieur à 50 millions € et occupe moins de 500 salariés. »

 

“grandes entreprises et PME peuvent s’entre-aider pour monter en compétences”

 

Pour être plus compétitives et aller à l’international, les PME ont besoin des grands groupes. C’est sûr. Elles doivent aussi renforcer leur expertise stratégique et managériale, mieux innover, accomplir leur révolution digitale. Pensez-vous que les grandes entreprises peuvent aussi les aider sur ce terrain ?

C. de Maistre : Dans le Livre blanc de Pacte PME paru le 22 mars dernier et destiné au nouveau gouvernement et aux élus, nous soulignons le retard des PME tant à l’export qu’en ce qui concerne la transition numérique ou encore l’innovation.

Or, aujourd’hui beaucoup trop d’entreprises disparaissent  chaque année (58 000 en 2016), notamment parce qu’elles n’ont pas su adapter leur business model à la mondialisation et la révolution technologique. Il faut donc prendre ces sujets très au sérieux.

Et je suis absolument convaincu que grandes entreprises et PME peuvent s’entre-aider pour monter en compétences. Pacte PME a lancé le 15 novembre dernier chez Generali une nouvelle plateforme permettant de partager les compétences entre salariés des grands comptes et dirigeants des PME. Elle porte le nom de « Pacte compétences ».

De plus en plus, les entreprises pourront accélérer leur développement grâce à des solutions agiles de cette nature, de plus en plus nombreuses mais qu’il reste à mieux faire connaître aux entrepreneurs.

Pour ma part, je considère que plus les entreprises de toutes tailles aborderont la compétition internationale unies, plus nous remporterons de victoires, ce qui ne peut qu’être favorable in fine à la croissance française et à l’emploi.

 

Pour aller plus loin : https://www.pactepme.org/

 

 

N.B. : Les avis et propos exprimés, autres que ceux de la médiation des entreprises, n’engagent que leurs auteurs et ne sauraient être considérés comme constituant une prise de position officielle du Médiateur des entreprises.

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