Retour sur les cafés

Technologies immersives : quels enjeux et usages dans les entreprises ?

Quelles sont les potentialités de développement économique et les cas d’usages de la réalité virtuelle et de la réalité augmentée ?

Selon différentes études récentes, le marché mondial des technologies immersives (réalité virtuelle, réalité augmentée)  représenterait plus de 100 milliards d’euros à l’horizon 2020 (80% pour la réalité augmentée et 20% pour la réalité virtuelle).
Les applications sont déjà multiples, pour le grand public comme pour les professionnels.

Le café économique du 15 juin 2017, organisé dans le cadre du programme off de Futur en Seine* et avec la contribution de l’entrepreneur Yoni Dayan**, a permis d’échanger sur les potentialités de développement économique et les cas d’usages actuels et futurs.

Technologies immersives en France : un secteur en croissance, mais fragmenté

Dans le cadre de la Nouvelle France industrielle, les technologies immersives ont été identifiées comme prioritaires et les projets faisant appel à ces technologies sont éligibles à un ensemble de dispositifs (programmes d’investissement d’avenir) mis en place par l’Etat pour favoriser l’innovation et le numérique.

Selon Stéphane Bordas, chargé de mission réalité virtuelle et réalité augmentée à la Direction générale des Entreprises, le marché français des technologies immersives est à la fois fragmenté (beaucoup de petites entreprises) et concentré (essentiellement dans la création de contenus), mais les opportunités de croissance sont nombreuses dans les différents segments (matériels, interfaces, contenus).

Si de nombreux secteurs d’activité sont d’ores et déjà concernés par l’utilisation de la réalité virtuelle/augmentée, comme la formation professionnelle, la maintenance industrielle, la logistique, la grande distribution ou l’automobile, Morgan Bouchet, vice-président d’Uni-VR, think tank français dédié à la réalité virtuelle, a rappelé que l’émergence des technologies immersives bouleverse les écosystèmes traditionnels de production, de distribution, de consommation et d’apprentissage et que de nouveaux modèles économiques restent à inventer tant sur le plan du financement, que de la diffusion, de la production/création de contenus ou de la formation, sans oublier les questions d’ordre éthique ou déontologique.

« L’objectif du think tank est de fédérer les nombreux talents de la réalité virtuelle en France afin de partager les bonnes pratiques et d’anticiper les business models en développement. » M. Bouchet, Uni-VR.

Focus sur les secteurs automobile et santé

Andras Kemeny, directeur du centre de réalité virtuelle et de simulation immersive de Renault et directeur du Laboratoire d’immersion virtuelle ENSAM-Renault, a présenté  les usages de la réalité virtuelle et augmentée pour le groupe automobile, ainsi que les enjeux associés en termes de recherche, d’innovation technologique et de services clients.

Si la virtualisation du processus de conception permet déjà de réduire les prototypes physiques et d’accélérer les temps de développement, les prochaines innovations rendues possibles par les technologies immersives concernent notamment le véhicule autonome et l’haptique (intégration du toucher).

La réalité virtuelle contribue également à la transformation du secteur de la santé (opérations, suivi des soins, hospitalisation,…). Exemple avec la startup Revinax et le laboratoire iLumens.

Revinax propose des formations immersives adaptées aux actes médicaux et chirurgicaux. Son cofondateur, Maxime Ros, a indiqué que grâce à une immersion totale en 3D, les utilisateurs peuvent se retrouver dans la peau d’un chirurgien en train d’opérer.

Antoine Tesnière, directeur général d’iLUMENS, Laboratoire Universitaire Médical d’Enseignement basé sur les technologies Numériques et de Simulation, a quant à lui évoqué les enjeux de la simulation en santé à destination des médecins/futurs médecins.

« Dans le secteur de la santé, la réalité augmentée et la réalité virtuelle permettent de recréer des situations appropriées pour entraîner les professionnels. » A. Tesnière, iLumens.

Quelles problématiques juridiques ?

Le développement des technologies immersives dans l’entreprise, comme chez les particuliers, pose un ensemble de questions juridiques dont Julie Langlois, avocate spécialisée dans la propriété intellectuelle et les technologies immersives au cabinet Lexing Alain Bensoussan Avocats, a fait état  : comment garantir la protection de l’innovation et la propriété intellectuelle ? quels impacts en termes de sécurité des systèmes d’information ? La France ne dispose d’aucun cadre particulier pour réglementer la réalité virtuelle, et s’appuie donc sur le droit positif en vigueur.  

Les utilisateurs potentiels de technologies immersives sont également concernés par les questions juridiques, sur le plan de la  protection des données personnelles et de respect de la vie privée (en cas d’atteinte au droit à l’image par une application de réalité virtuelle).

L’expérience utilisateur, gage d’adhésion du plus grand nombre ?

Mathieu Genoud, membre de la Virtual Association, association parisienne qui a vocation à faire découvrir à tous les technologies immersives, a mis en exergue les enjeux de la réalité virtuelle et augmentée auprès d’une plus large audience : la VR sera-elle réellement faite pour le grand public, que ce soit à domicile ou dans des lieux dédiés (comme des salles d’arcade en réalité virtuelle) ? comment favoriser le partage de connaissances et l’expérimentation, à travers par exemple la création de jeux ou d’installations de réalité virtuelle ?

Les technologies immersives proposées par les différents acteurs (constructeurs de matériels, éditeurs de contenus, diffuseurs,…) ne peuvent pas poursuivre leur dynamique de développement sans l’adhésion des utilisateurs. Il est donc essentiel de communiquer sur la valeur ajoutée de ces technologies et d’offrir des expériences utilisateurs abouties.

 

Au final, la structuration de la filière, associant les différents acteurs de l’écosystème réalité virtuelle/réalité augmentée (Etat, entreprises, associations professionnelles, structures d’accompagnement et de financement, laboratoires de recherche,…), constitue un enjeu de taille afin de relever les défis d’aujourd’hui et de demain : développer l’offre industrielle en France et les cas d’usages dans les entreprises, accompagner l’émergence de startups susceptibles de devenir des acteurs de premier plan, financer les projets innovants, soutenir le dynamisme du marché, accélérer la démocratisation de technologies matures en favorisant leur acceptation sociale et en prenant en compte la réglementation existante.

 

* festival du numérique et de l’innovation en Ile-de-France, organisé par Cap Digital

** entrepreneur multidisciplinaire spécialisé dans la réalité virtuelle/réalité augmentée

Ressources

Laissez un commentaire

Complétez ce petit calcul avant d'envoyer votre message : (obligatoire)