Paroles d'experts

Reprendre une entreprise quand on est jeune : mission impossible ?

Pour quelles raisons l’accompagnement et le financement constituent-ils des leviers incontournables pour réussir son projet de reprise ? Y a-t-il des secteurs plus propices que d’autres pour se lancer ? Quels sont les avantages de la reprise pour les jeunes ?

Plusieurs dizaines de milliers d’entreprises sont susceptibles d’être cédées en France aujourd’hui*, mais parmi les cédants potentiels, certains hésitent à transmettre et d’autres ne trouvent pas de repreneurs.
La reprise de ces entreprises est donc un enjeu central pour les emplois et la vitalité l’économie française : rien que sur l’Ile-de-France, ce sont près de 60 000 emplois en jeu chaque année.
Interview de Blandine Bierre, Cheffe du Pôle « Appui en charge de l’accompagnement et de la formation du réseau » chez Initiative France**.

L’âge du repreneur idéal, selon les chefs d’entreprise, oscillerait autour de 45 ans… cela signifie-t-il que seuls les profils expérimentés sont concernés par la reprise d’entreprise ou bien les jeunes, avec pas ou peu d’expérience professionnelle ou entrepreneuriale, sont-ils également des candidats potentiels à la reprise ?

«Traditionnellement, lorsque l’on évoque la reprise, on pense à des personnes de plus de 40/45 ans parce que la reprise, contrairement à la création, demande souvent un apport en capitaux propres plus importants. Certains projets de reprise s’adressent donc effectivement à des personnes plus âgées car elles ont des capacités financières souvent plus importantes. Ce sont notamment le cas des reprises de PME/PMI industrielles qui demandent un investissement de départ relativement conséquent.

Mais il y a de nombreuses possibilités de reprises de petites structures, de type TPE, que ce soit dans le commerce, dans les HCR (Hôtel, Cafés, Restaurants) ou les services, qui sont tout à fait abordables pour un public plus jeunes. Pour preuve, 54% des projets financés par le réseau Initiative France présentent des plans de financement d’un montant inférieur ou égal à 115 000 euros, dont 15% sont même inférieurs à 45 000 euros.

Dans le cadre d’une reprise d’une TPE, il est bien d’envisager un travail en binôme avec le cédant pour une période peut-être un peu plus longue que pour une reprise de PME/PMI (entre 6 mois et 1 an), afin de permettre au jeune repreneur de se familiariser avec l’entreprise et ses pratiques. On dit souvent que dans ces cas de reprise, le cédant est l’homme-clé, c’est-à-dire que la force de l’entreprise repose largement sur ses épaules, ses connaissances, son savoir-faire…D’où l’importance pour un jeune repreneur de passer du temps avec le cédant, et il pourra par la suite profiter de ses connaissances et y ajouter les siennes, sa force d’innovation et sa créativité !

A quel type d’aides les repreneurs, notamment les jeunes, peuvent –ils prétendre ?

Les jeunes, qu’ils soient repreneurs ou créateurs, peuvent bénéficier de nombreux soutiens (je préfère ce terme à celui d’aide, qui est souvent assimilé à «subvention ») qui peuvent prendre la forme d’apports financiers ou d’accompagnement (parrainage, coaching, apport d’expertises techniques…).

C’est la mission des réseaux d’accompagnement à la création / reprise comme Initiative France. Tous les ans, parmi les presque 17.000 projets que nous finançons et accompagnons, un quart des projets sont initiés par des jeunes de moins de 30 ans. Ils bénéficient de notre prêt d’honneur à taux 0 (sans garantie et sans caution personnelle) et de l’accompagnement des quelque 223 associations (appelées Plateformes Initiative) de notre réseau, et tout cela entièrement gratuitement !

Ce prêt d’honneur, d’un montant compris entre 5 000 € et 25 000 € permet au jeune qui se lance de constituer ses fonds propres et d’aller voir la banque qui pourra alors compléter les besoins en financement. 1€ de prêt d’honneur permet de lever entre 7 € et 8 € en moyenne auprès de la banque.

Parmi les jeunes tentés par l’aventure entrepreneuriale, la plupart d’entre eux décident de créer leur startup et ne pensent pas forcément à la reprise, ou se disent que ce n’est pas fait pour eux. Est-ce que le fait de reprendre une entreprise est plus risqué que d’en créer une ex nihilo ?

Non, c’est même l’inverse. Il y a beaucoup moins de risques d’échec dans la reprise que dans la création. Et cela s’explique très bien : une reprise apporte à son repreneur un marché et une clientèle existante, une image déjà connue, une marque, une reconnaissance des clients…bref, on ne part pas de rien ! Et quand on sait que le plus difficile dans un projet, pour de nombreux créateurs ou repreneurs, c’est la démarche commerciale, la reprise permet d’assurer un chiffre d’affaires dès le démarrage.

Selon les statistiques de l’Insee, 25% des entreprises échouent dans les 2 premières années, et 49,5 % échouent dans les 5 premières années. Ce taux d’échec est encore plus élevé pour les start-up : on parle de 80% d’échec même si aucune statistique officielle n’a encore été produite à ce jour. Les entrepreneurs accompagnés par notre réseau présentent un taux de succès de 90% à 3 ans ! ça vaut le coup de se faire accompagner !

Une centaine de jeunes franciliens ont pu échanger avec les intervenants du café économique, organisé le 1er décembre 2017 au Café Fluctuat Nec Mergitur.

Quels peuvent être les avantages, pour un cédant, de transmettre son entreprise à un jeune ?

Transmettre à un jeune, c’est permettre à son entreprise d’avoir une espérance de vie plus longue ! Je m’explique : quand un entrepreneur cède son entreprise, c’est un peu une partie de lui qu’il vend ! C’est son « bébé » et il a envie de le voir grandir et évoluer.

Alors céder à un jeune, c’est miser sur la longévité, c’est permettre à son entreprise d’avoir un souffle nouveau, riche en innovation et en phase avec son époque, celle de la digitalisation…bref, c’est imaginer le meilleur pour la suite de l’aventure entrepreneuriale !

 

* L’APCMA (Assemblée permanente des chambres de métiers et de l’artisanat) évoque le chiffre de 300 000 entreprises artisanales à reprendre d’ici 10 ans en France.

** Blandine Bierre est intervenue lors de notre café débat « Démarquez-vous : reprenez » le 1er décembre 2017 dans le cadre de la Quinzaine de la Transmission-Reprise, organisée sous le pilotage de la Direction générale des entreprises.
Initiative France est un réseau d’accompagnement et de financement des créateurs et des repreneurs d’entreprise sur tout le territoire français


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