Paroles d'experts

FinTech : interview de Pierre Bienvenu, Secrétariat général de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution

La Fintech (contraction de « finance » et « technologies ») est un domaine en plein développement. Quelles opportunités et quels risques ce secteur présente-t-il ? Comment trouver l’équilibre entre liberté d’innovation et maîtrise des risques, stabilité financière et protection des consommateurs ? Pierre Bienvenu, membre du pôle FinTech Innovation de l’Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution (ACPR)* répond à nos questions.

Pierre Bienvenu était l’un des intervenants du café économique organisé le 1er mars 2017 sur le thème « financement et innovation », en lien avec la Direction Générale des Entreprises et en partenariat avec la Cité de l’Économie et le pôle de compétitivité Finance Innovation.

Quelle est la vocation du pôle ACPR FinTech Innovation, créé en juin 2016 ?

«Premièrement, il s’agit d’accueillir et d’orienter les Fintech dans la régulation financière. La principale barrière à l’entrée est une barrière informationnelle. Notre objectif est à la fois de les renseigner et de répondre à leurs questions avec pédagogie, afin que les entrepreneurs puissent intégrer les enjeux réglementaires le plus en amont possible de leur projet. Après nous avoir rencontrés, ils doivent pouvoir choisir le statut réglementaire le plus adapté en toute connaissance de cause.
Depuis la mise en place du pôle, nous avons rencontré plus d’une centaine de porteurs de projet. La maturité des projets est variable, mais cela souligne le dynamisme de l’écosystème Fintech français dans les domaines du paiement, du financement ou encore du conseil en investissement. Accueillir les FinTech, c’est notre priorité. Et pour cela, il faut que nous soyons bien identifiés par les communautés Fintech française et étrangères.

Deuxièmement, nous souhaitons être le poste avancé de l’ACPR sur les sujets de l’innovation dans les secteurs de la banque et de l’assurance. La transformation digitale en cours a de grandes incidences sur les modèles d’affaires de ces secteurs. Nous y voyons des opportunités pour les clients et les établissements financiers, mais également une évolution dans la nature et l’ampleur des risques. En mettant à l’épreuve les modèles traditionnels de relation avec le client, la transformation digitale aura un impact certain sur les pratiques commerciales.
La transformation digitale peut aussi renforcer les risques opérationnels comme les cyber-risques. Notre mission est donc d’analyser ces transformations, d’identifier les enjeux réglementaires afférents et de les prendre en compte dans la conduite de nos travaux. Pour cela, notre pôle discute avec l’ensemble des acteurs financiers. Ce dialogue se fait notamment dans le cadre du Forum FinTech, lancé en juillet 2016, que nous animons conjointement avec l’AMF et qui rassemble des représentants des Fintech, de grands acteurs établis et des cabinets d’avocat et de conseil. Il se fait aussi par le biais des nombreux échanges bilatéraux et des travaux ad-hoc que nous menons avec les acteurs de la place. Par exemple, auprès des grands acteurs bancaires et d’assurance, nous avons récemment lancé une étude sur les enjeux de la transformation digitale sur leurs modèles d’affaires et leurs stratégies.

Concernant le développement des Fintech : quels nouveaux modèles sont en émergence ? B2B ou B2C ?

Parmi les projets rencontrés, beaucoup visent à refondre la relation clientèle pour offrir des services financiers sous un nouveau format. Cela concerne les robo-advisors pour le conseil en épargne, les agrégateurs pour offrir une analyse consolidée des comptes du client, ou encore les « néo-banques » pour les services de banque au quotidien.
D’autres Fintech au contraire préfèrent s’adosser aux acteurs en place pour offrir leurs technologies et leurs solutions. Si les premiers se posent en concurrents des banques et des assurances, les seconds cherchent plutôt à nouer des partenariats, à s’insérer dans la chaîne de valeur. Les deux stratégies coexistent parfois au sein de la même entreprise. Le marché français est très concurrentiel et les Fintech qui développent une stratégie B2C doivent prendre en compte ce facteur dans leur stratégie.

Quels sont les opportunités ou les risques des innovations technologiques sur les activités des acteurs bancaires traditionnels ?

De manière générale, il est évident que les Fintech concourent directement ou indirectement à la transformation des métiers de la banque et de l’assurance. D’aucuns estiment que cela résultera en une amélioration des produits et des services financiers voire une baisse des prix. D’autres soulignent aussi que les nouvelles technologies vont aussi permettre aux entreprises financières d’améliorer leur conformité avec leurs obligations réglementaires (RegTech). Ces opportunités sont réelles, mais il faut rester vigilant sur les nouveaux risques. Auprès des acteurs Fintech, nous insistons beaucoup sur les obligations liées à la lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, à la sécurité des fonds de la clientèle et à la protection du consommateur.

Quelle est la place de la régulation du marché et de ses acteurs ? D’un côté, les Fintech ont besoin d’autonomie pour favoriser l’innovation et, de l’autre côté, il semble important d’assurer la maîtrise des risques, la stabilité financière et la protection des consommateurs…

Nous pensons que la régulation est un atout pour la croissance durable des Fintech. La réussite des projets dans les domaines du paiement, à la suite des directives européennes (la seconde directive sur les services de paiement entrera en vigueur en 2018) et du financement participatif, à la suite de la définition en France d’un cadre réglementaire dédié en 2014, en est l’illustration. Nous observons que les Fintech ne cherchent pas à échapper à la régulation. Elles cherchent au contraire à capitaliser sur la régulation pour susciter de la confiance auprès de leurs clients et investisseurs. Cela demande néanmoins de mieux asseoir la réglementation et la supervision selon le principe de proportionnalité. Le cadre réglementaire et nos pratiques d’agrément et de contrôle doivent en particulier être proportionnés aux risques. Nous y travaillons dans le cadre du Forum Fintech. Cela appelle aussi une démarche plus ouverte du régulateur avec les entrepreneurs.
La régulation est une matière vivante. L’ACPR reste attentive en permanence aux évolutions du secteur pour toujours mieux cerner les risques et remplir les missions qui lui sont confiées par le législateur. »

* L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) est l’organe de supervision français de la banque et de l’assurance. Autorité administrative indépendante adossée à la Banque de France, l’ACPR veille à la préservation de la stabilité du système financier et à la protection des clients, assurés, adhérents et bénéficiaires des personnes soumises à son contrôle.

photo de couverture : © « ACPR – Frédéric Boyadjian » 


Aller plus loin :

  • Nathalie Beaudemoulin présente le pôle ACPR FinTech Innovation :

Laissez un commentaire

Complétez ce petit calcul avant d'envoyer votre message : (obligatoire)